Portrait

La vie de Benoit Vieubled, votre créateur de luminaires à Orléans (45)

Carl Norac

LA MISE EN LIMIÈRE DOIT DEVENIR MISE EN SCÈNE. IL S'AGIT DE LA CAPTER DE L'INTÉRIEUR VERS L'EXTÉRIEUR, DE L'EXTÉRIEUR VERS L'INTÉRIEUR .

ici celle du cristal. Les mouvements de la lumière reviennent souvent dans les propos de Benoît Vieubled : la mise en lumière doit devenir mise en scène. Il s'agit de la capter de l'intérieur vers l'extérieur, de l'extérieur vers l'intérieur.

Le créateur utilise souvent des matières nobles, mais laissées à l'état brut, et en d'autres temps, une ardoise, un bout de bois flotté qui, quant à eux, passent du simple à l'élaboré. Et aussi, il faut souvent que ça tinte, que s'instille un retour aux sens immédiat, avec cette idée de fragilité encore, alliée à une joie méditative. Ainsi, ces pièces d'argenterie, que l'artiste a transmuées en banc de poisson bien sonore, souvenir jailli de ses séjours à la Pointe du Raz en Bretagne.

Bien sûr, au fil de ce temps suspendu, chacun pourra penser à Calder, qu'il admire, mais son inspiration de peintre nous emmène aussi au grand maître de l'intemporel, du trait dépouillé, Matisse, ou plus proche de nous, à Miguel Barcelo. Aussi avec, pour lui, son hommage constant à cette leçon inégalable de Paul Klee sur la composition.

Si son art nous touche autant, c'est que, d'une certaine façon, ses œuvres sont des poèmes. Avec leur part d'enfance. Ily a, de ces années fondatrices, l'importance du jeu, le plaisir du toucher, l'espièglerie, ce goût de construire et de déconstruire, l'habitude de ne pas se donner de limite ou de dogme. Ces sources s'étendent au goût depuis toujours de l'ethnologie, des romans de Joseph Conrad, de cette habitude de poser un doigt sur les mappemondes pour s'inventer des voyages immédiats, le jeu de faire fondre les bougies pour mieux apprivoiser la flamme, l'observation de sa mère habile couturière, l'atelier de chaudronnerie du grand-père où, tout seul, dans ce lieu presque oublié, il peut faire ses gammes, articuler des objets ensemble, réunir ce qui paraît incongru avant que la magie opère ou pas.

 

Une célèbre série autour d'une rate, d'un bestiaire et d'un cirque semble sortir tout droit de cet imaginaire vagabond. Danseur figurant d'un soir, lorsqu'il était enfant, dans un ballet de Roland Petit Benoît Vieubled s'est amusé à représenter, en souris vertigineuse, Zizi (la muse du chorégraphe, la célébrissime Zizi Jeanmaire).

Ces dernières années, son œuvre prend aussi une direction plus engagée, avec notamment cette impressionnante barque couverte de globes lumineux, que l'on vit aussi bien au Musée des Beaux-arts d'Orléans qu'à l'Unesco, une métaphore de la traversée des migrants. Ce message se veut universel, la barque restant volontairement non identifiable. Les globes eux-mêmes sont déplacés, de différentes époques, sans ordre défini, car elle aussi, la géopolitique change. Cette œuvre majeure demeure dans la pénombre, baignée d'une tonalité froide, à l'instar de ces traversées si souvent nocturnes et glaciales.

Que faisons-nous de nos paysages intérieurs ? Les laissons-nous flotter dans une brume qui fera, de la vapeur, un oubli à venir ? Lentement, Benoît Vieubled a choisi d'en tracer plutôt la cartographie. Il explore la durée (parla récupération d'objets) et l'instant (celle où l'idée fuse, où la trace entame sa métamorphose). La plupart des œuvres évoquent un mouvement ascensionnel et nous interrogent d'autant plus sur l'attraction terrestre. L'artiste nous invite, avec l'esprit des fables, à nous approcher de l'improbable, à devenir, le temps d'un regard, équilibriste à notre tour.

Ici, les ombres se collectent aussi bien que les rais, les lueurs. Ce très lent travail en atelier doit nous parler du naturel à l'arrivée : pourtant fait de porcelaine, le papillon semble voleter vraiment

De son atelier vers le monde, d'un paysage intérieur à la réalité la plus tangible, Benoît Vieubled, infatigable explorateur des formes, des matières, fait toujours le pari de nous surprendre et nous convie ici à un nouveau voyage vers la transparence.

Carl Norac
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